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Axes de travail

Effets cocktails, mélanges : où en est la recherche ?

Cocktails effets

10-11/12/13, ANSES

Exposition aux mélanges de substances chimiques : quels défis pour la recherche et l’évaluation des risques ?

Date : 10 et 11 décembre 2013

Lieu : Maison de la RATP, Paris

Organisateurs :

  • ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire  alimentation, Environnement, travail
  • BfR : Bundesinstitut für Risikobewertung
  • DTU : National Food Institute

(Notes personnelles GH)

Contexte

L’homme est exposé à de multiples substances chimiques présentes dans son environnement, notamment par l’alimentation, l’eau, l’air, le sol et les biens de consommation. Au cours des dernières décennies, les effets potentiels des mélanges de substances chimiques sur l’homme et son environnement, sont devenus pour de nombreux pays dans le monde, une préoccupation majeure.

La seule réglementation européenne porte à ce jour sur les risques liés aux teneurs en résidus de pesticides dans l’alimentation et les différents organismes ont orienté leurs recherches en ce sens.

Recherche sur les expositions : où en sommes-nous ?

Les effets obtenus par des mélanges complexes peuvent s’expliquer avec seulement trois à sept produits. Ainsi, quelques composés expliquent 90% des effets observés.

Une voie de recherche consiste à classer les composés par type d’effets, mais cette voie se concentre sur les risques et non pas sur les conditions réelles d’exposition.

Sur les cancers, plusieurs constats sont à noter

  • les maladies ne peuvent être empêchées tant que les mécanismes sont méconnus ou incompris, or les mécanismes sont multiples.
  • les traitements ne pourront suffire à réduire la proportion de cancers. La prévention est un axe majeur. Au moins 1/3 des cancers pourrait être évité par la prévention au stade actuel des connaissances
  • La plupart des cancers ont un lien avec l’environnement (environnement compris au sens large, en incluant le mode de vie). Mais, en prenant une définition étroite de l’environnement, il existe très peu d’études permettant de qualifier ou de quantifier l’effet de l’environnement au sens strict.

Une voie d’amélioration des connaissances serait l’exposome qui viserait à évaluer l’exposition interne, externe (environnement) et générale (mode de vie, facteurs sociaux…) de l’être humain, de sa naissance à sa mort, à chaque moment de sa vie. Ce serait un "exposome". Cela paraît encore loin de la réalité, tout comme l’était le génome il y a quelques dizaines d’années. Même une caractérisation partielle de l'exposition permettrait de progresser dans les connaissances.

Des projets de recherche comme Acropolis visent à croiser par la modélisation, les habitudes alimentaires et les teneurs en pesticides permettant ainsi d’obtenir une distribution de l’exposition ou encore de construire des scénarios pour identifier les aliments les plus générateurs de risques.

Ces modèles pourront ainsi constituer des outils d’aides à la décision.

Suite au règlement européen, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a entamé un gros travail de construction de bases de données sur les analyses chimiques des aliments « bruts » et les suivis de consommation permettant d’alimenter les modélisations déterministes. Si la qualité et le périmètre de ces données ont beaucoup progressé, de nombreuses questions se posent :

  • Comment évaluer les teneurs en pesticides de la nourriture industrielle ?
  • Quel régime représentatif prendre comme hypothèses de travail ?
  • Comment évaluer l’exposition des sous-groupes de populations (végétariens, junk-foodistes…) ?

Pour progresser dans l’évaluation de l’exposition, de premiers retours d’expériences sont nécessaires Dans une logique d’optimisation des coûts, et notamment de répondre à des questions telles que :

  • Quelles sont les données pertinentes ?
  • Quels sont les besoins des gestionnaires de risque ?
  • Quelles sont les incertitudes ?

De façon très urgente, les questions de propriétés des données sont prégnantes et empêchent actuellement l’utilisation des données.

Recherche sur la toxicologie : où en sommes-nous ?

Une étude de l’EFSA portant sur 70 000 échantillons alimentaires montre que presque la moitié contenait des pesticides. Les effets de mélanges des pesticides par la voie alimentaire sur l’organisme sont extrêmement difficiles à appréhender car ils peuvent avoir un effet sur des organes variés, sur les différents équilibres de l’organisme avec des mécanismes divers, avec comme paramètre la durée d’exposition, etc.

Dans le cas de pesticides ayant des actions similaires, on peut, en première approche, estimer que l’effet sera cumulatif.

Des études sur les mélanges de perturbateurs endocriniens montrent des effets notables par le vecteur alimentation, sur les rats et probablement sur l’être humain.

L’homme est soumis à des mélanges importants de perturbateurs endocriniens. Plusieurs millions de substances pourraient probablement être considérées comme perturbateurs endocriniens.

Conclusion

La recherche sur ce sujet n’en est qu’à ses balbutiements et si l’Europe est plutôt centrée sur l’alimentation, les Etats-Unis, quant à eux, travaillent sur l’eau, suite à de grandes pollutions maritimes (Deepwater). C’est, aux dires des spécialistes, 2 ou 3 générations qui seront nécessaires avant d’avoir une vision et une position claire sur ce problème de santé lié aux mélanges.

Les besoins aujourd’hui sont de renforcer la recherche, de mettre à jour la règlementation (uniquement axé sur les effets des substances prises individuellement) et de mettre en place un cadre de recherche.

Position adjoint DGPR : l’Etat français souhaite pousser l’Europe à mieux encadrer cette problématique des mélanges et au niveau national, la France a inscrit dans sa constitution le principe de précaution. L’Etat français a investi en 2013 dans la recherche sur ce sujet. Une continuité sera assurée avec la prise en compte de cet axe dans le PNSE 3.

Pour aller plus loin :

Lien vers l'ANSES