SPPPI Paca - Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles
Enviro' Étang de Berre
Les enjeux de l’environnement urbain
Objectif

L’environnement urbain est une notion récente. Elle s’est surtout développée avec l’école de Chicago, puis avec la naissance de l’écologie urbaine dans les années 1970, pour évoluer aujourd’hui vers des concepts de durabilité et de résilience (Sénécal, 2007). Si la relation entre environnement (dans toutes ses acceptions) et milieu rural est facilement intelligible, du fait de l’existence de relations à la nature, à l’agriculture, à l’importance du climat ou des saisons dans cet ordonnancement, etc., la relation environnement et urbain est moins évidente. La ville est considérée comme une construction sociale artificialisée, qui a perdu, depuis le début du xxe siècle, ses relations privilégiées avec le milieu « naturel ». La ville est aussi un objet complexe, difficile à maîtriser, dans laquelle on appréhende mal, au quotidien, la diversité des situations et des relations et ce que vient faire l’environnement dans son fonctionnement.

Les rapports du GIEC ou d’autres organismes et spécialistes (United Nations, 2011 ; Bulkeley, 2013 ; Revi et al., 2014) sont unanimes : c’est la ville qui contribue le plus, directement ou indirectement, aux émissions de gaz à effet de serre. Inversement, les impacts des changements environnementaux sont et seront plus importants en milieu urbain du fait de la concentration des populations dans un espace restreint, accroissant l’exposition et le risque. Malgré cette évidence, les enjeux de l’environnement sont encore mal évalués par les gestionnaires et les populations. Nous restons sur nos vieux modèles de la ville protectrice où rien ne peut arriver, ou du moins où tout peut avoir une solution : « La frilosité des villes à répondre aux enjeux du réchauffement climatique n’est-elle pas le révélateur de leur stress face à leur évolution ? » (Juvanon du Vachat, 2015). Ce paradoxe induit à la fois une certaine inertie dans la prise en compte des problèmes, et une certaine précipitation dans le choix des solutions. C’est le terrain des opérations immobilières nouvelles, des solutions « smart », des écoquartiers, ou de l’hymne à la végétalisation, sans un réel engagement dans une réflexion à plus long terme sur l’évolution de la ville et de ses pratiques.

Marseille, ville méditerranéenne, n’échappe pas à la règle. Les « modèles » de ville ont évolué au gré des « modèles » de société (Touati, 2010 ; Paquot, 2016). Un paradigme hygiéniste a détruit les vieux quartiers denses du Grand-Carmes vers la Joliette pour laisser la place ensuite à de grands boulevards et immeubles haussmanniens, destinés aux riches bourgeois négociants ; la rationalisation des territoires a conduit dans l’après-guerre à la construction de grands ensembles permettant de densifier le logement social ; on a alors assisté à la paupérisation des centres-villes ; puis est venue une politique d’étalement et de déconcentration des centres-villes par la promotion de l’habitat individuel dans les périphéries urbaines ; le paradigme du développement durable reconfigure aujourd’hui la ville autour des quartiers dits durables comme Euroméditerranée ou la percée de trames vertes comme sur l’Huveaune ou le projet des Aygalades. Chaque modèle a eu sa justification, son apogée, puis son abandon. Thierry Paquot (2016) commence son ouvrage par une remarquable citation de Baudelaire : « La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel. »

On comprend alors que les politiques d’urbanisme, si peu préparées à ces changements rapides, doivent prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de « tomber dans le piège » du modèle a priori. C’est le plus grand enjeu des aménageurs et scientifiques face à cette confrontation entre ville et changements environnementaux : innover sans tomber dans le prisme du modèle et des convictions a priori. Le diagnostic est important (les recherches sur l’environnement urbain sont encore balbutiantes), la recherche de solutions est impérative (l’innovation n’est pas toujours au service de la solution), mais la contextualisation est primordiale (l’espace est une donnée que les environnementalistes connaissent bien, mais que les ingénieurs maîtrisent peu).

Trois enjeux principaux relèvent de cette confrontation entre ville et changements environnementaux : 1) la ville est gourmande ; 2) la ville attire et s’étire ; 3) la ville est complexe. Ce chapitre se propose de faire un premier bilan, très incomplet, des recherches menées sur Marseille et ses environs en relation à ces trois enjeux.


Conclusion
  • Marseille dispose d’un bilan GES, mais ne dispose pas à ce jour de bilan en termes de métabolisme – ressources consommées, transformations et rejets –, qui est pourtant fondamental pour l’élaboration d’une politique de recyclage ou d’autonomie énergétique.
  • La consommation des énergies fossiles, dans les grandes villes de PACA, est trois fois plus importante que la moyenne française. En 2017, les communes de Fos-sur-Mer, Marseille, Martigues et Berre-l’Étang, ont consommé 50 % des 5,2 Mtep/an de l’ensemble du département des Bouches-du-Rhône (lui-même ayant consommé 50 % de la consommation régionale), montrant l’importance de la part de l’industriel. La métropole Aix-Marseille-Provence consomme en moyenne environ neuf fois plus que celle de Nice-Côte d’Azur.
  • La consommation énergétique reste globalement stable en région PACA depuis dix ans, autour de 42 TWh (10,2 Mtep/an en 2007 et 10,6 en 2017). Mais elle se trouve en dernier des méthodes de production non traditionnelle et des énergies renouvelables (4 % de la production régionale), malgré un potentiel solaire des plus importants.
  • Du côté des rejets, les émissions de GES suivent le même schéma que la consommation.
  • En 2017, 75 % des émissions des Bouches-du-Rhône en 2017 étaient le fait de Marseille, Martigues, Fos-sur-Mer, Berre-l’Étang, Tarascon et Aix-en-Provence.
  • Les émissions de Marseille (2 Mt/an de CO2) le sont principalement dans le secteur des transports, la commune étant faiblement industrialisée.
  • Les émissions en GES de la métropole Aix-Marseille Provence ont diminué entre 2007 et 2017, passant de 29,7 Mt/an à 25,8 Mt/an, ce qui représente 13 % de réduction, 1,4 % annuel, taux relativement faible au vu des exigences nationales et internationales.
  • Le bilan en termes de production de déchets et de consommation en eau (et donc de rejet d’eau usée) est aussi peu performant. La production de déchets en Marseille-Provence par habitant est 15 % au-dessus de la moyenne nationale, avec un coût énergétique de collecte et de stockage très élevé et un niveau de recyclage très faible.
  • La question du rejet des eaux usées en mer est aussi une problématique importante dans une ville touristique, qui compte de nombreux jours de fermeture des plages pour cause d’insuffisante qualité des eaux.
  • L’expansion urbaine aux dépens des espaces à caractère naturel ou des espaces agricoles caractérise l’évolution du paysage marseillais.
  • La configuration de Marseille est marquée avant tout par son organisation centre vs périphérie qui se renforce actuellement avec les nouveaux projets immobiliers. Un centre qui concentre les services et les activités commerciales et touristiques ; une périphérie délaissée. Aujourd’hui à Marseille, l’impact environnemental de ces modèles de centralité est préoccupant du point de vue du gaspillage énergétique, des convulsions du trafic automobile, de la fragmentation et la dégradation des conditions des habitats, autant d’éléments qui renforcent les impacts du changement climatique.
  • À Marseille, la fragmentation résidentielle de l’espace est élevée et en augmentation, avec plus de 1 531 ensembles résidentiels fermés en 2013 occupant 13 % de sa surface urbanisée. Un autre aspect de la fragmentation est le morcellement paysager, induit par les constructions, les voies de transport, l’imperméabilisation des sols, ou même la fragmentation sociale, qui impliquent une baisse de la biodiversité, et un accroissement des inégalités sociales et écologiques.
  • Dans un contexte de changement climatique particulièrement prégnant pour la ville, des problématiques particulières naissent de la complexité des situations, des structures et des relations entre le social et l’urbain. La nature en ville (jardin, parcs, biodiversité, etc.), les coulées vertes (les Aygalades, l’Huveaune, le Jarret), la végétalisation des quartiers et des habitats (écoquartier « Les Fabriques », le « Smartseille », l’îlot Allar), les espaces protégés (parc des Calanques, parc marin de la Côte bleue, réserve du Riou, etc.), mais aussi les espaces pollués (37 sites recensés sur Marseille) sont autant de domaines de réflexion pour les aménageurs et les scientifiques ; on en attend une modification substantielle de la vision de la politique et de l’aménagement urbain.

Ce projet a été financé par l’ARS PACA et la DREAL PACA labellisées PRSE pour la partie Fos-sur-Mer et par l’OHM BMP pour la partie Bassin Minier de Provence.

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