- D’une injustice environnementale à une justice épistémique. Le cas de l’incinérateur de Marseille à l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer
- Producteur(s)
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- Type de producteur
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- Nature de l'étude
- 2021
- Périmètre
- Etude localisée
- Thèmes
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- Mots-clés
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- DREAL PACA - Etat de l'Environnement Industriel PACA 2024
- AtmoSud - Signalair : Carte en temps réel des signalements de nuisances
- Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires - Cartographie interactive d'indicateurs territoriaux
- SIRSéPACA - Indicateurs : cartes, données et graphiques
- Objectif
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Comme en témoigne l’actualité quotidienne depuis les premières alertes écologistes des années 1970, les questions environnementales ne cessent de se manifester à nous avec de plus en plus d’insistance. Sans se limiter à la sphère environnementale stricte, les défis écologiques intègrent également des dimensions sociales complexes. L’enjeu aujourd’hui est alors celui de sortir de l’opposition binaire entre celles et ceux qui s’inquièteraient uniquement de la « fin du mois » (les gilets jaunes) et d’autres de la « fin du monde » (les marcheuses et marcheurs pour le climat). Dans ces nouvelles luttes, au croisement des enjeux sociaux et environnementaux, la justice environnementale pose ainsi la question des réponses à apporter et des responsabilités à assumer, par qui et comment, en tenant compte des moyens et vulnérabilités propres à chaque communauté. Et face aux transformations nécessaires, la manière dont on produit ou reconnait différentes formes de connaissances et de savoirs figure à présent comme enjeu à part entière de la justice environnementale.
Dans le cadre de ces réflexions, nous avons été interpelés par le cas de Fos-sur-Mer et ses alentours. Cette zone située à proximité de Marseille, dans le sud de la France, est le siège de nombreuses pollutions industrielles qui impactent directement les riverains et riveraines et la qualité de leur environnement. Dans ce contexte, l’enjeu des connaissances utilisées et produites sur le territoire nous semble faire partie intégrante d’une réflexion sur la justice environnementale, ainsi qu’un point de renouvellement des discussions et du rapport au territoire.
Cette contribution se situant au seuil d’une recherche doctorale, nous ne proposons pas de résultats finis, mais plutôt le partage d’une réflexion exploratoire posant les questions qui nous travaillent et nous traversent. Pour cela, nous nous sommes basés sur de premiers entretiens réalisés à Fos-sur-Mer et ses environs à l’automne 2018. Plus précisément, après une présentation de la notion de justice environnementale, nous nous appuierons sur le cas de l’incinérateur de la Communauté urbaine de Marseille comme point de départ d’une mobilisation aboutissant à la création d’un Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions, illustrant ainsi la préfiguration possible d’un passage d’injustices environnementales à une forme de justice épistémique.
- Conclusion
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L’incinérateur de Marseille se présente comme l’élément de trop, l’imposition d’une décision unilatérale qui vient s’ajouter à une liste déjà trop longue de perte de confiance et de défiance généralisée, face à des industries et une administration qui produisent et partagent à leur propre convenance les données concernant le territoire, lieu de vie des habitants riverains de la ZIP de Fos-sur-Mer. Malgré des luttes parfois violentes à l’encontre du projet, celui-ci a vu le jour, et les citoyen-ne-s engagé-e-s dans ces démarches d’opposition ont dû – et doivent encore – apprendre à vivre avec. Mais ce vivre avec n’implique pas une acceptation passive de la situation, ce qui serait alors comme une double défaite après l’imposition de la décision. Au contraire, nous pensons que passer à travers et faire l’expérience de cette injustice implique de tenir compte des conséquences de la situation, et d’y engager par là même une responsabilité, au sens de répondre à, plutôt que celui de l’imputation du répondre de quelque chose.
Cette responsabilité, les citoyen-ne-s mobilisé-e-s l’assument, à travers leur engagement général et leur participation à la production de nouveaux savoirs pertinents pour leur territoire. Et cette responsabilité fait boule de neige, les scientifiques devant également apprendre à répondre aux publics qui les sollicitent, et à se présenter « poliment ». De nouveaux liens se tissent alors entre les groupes, mettant en place une nouvelle écologie des savoirs, via des accompagnements et un faire confiance qui se travaille. La production de ces savoirs, par des publics qui expérimentent ces situations aux enjeux conflictuels – caractéristiques de notre époque –, nous voulons l’interroger plus avant dans la suite de nos recherches, pour nourrir la réflexion sur la justice environnementale. Plus précisément, est-ce que cette participation à la production de connaissances peut contribuer au sursaut nécessaire face à une injustice, pour établir un potentia ou « pouvoir faire » (empowerment) à l’échelle du territoire (Ricoeur, 2001)? Nous défendons l’idée que cet apprentissage d’une pensée collective, forme de justice épistémique en construction, participe ainsi de la transformation nécessaire des héritages imposés, ou des injustices environnementales vécues, comme un essai continu, jamais idéal, jamais complètement atteint ou définitivement réalisé, de faire corps avec le monde.
Ce projet a été financé par l’ARS PACA et la DREAL PACA labellisées PRSE pour la partie Fos-sur-Mer et par l’OHM BMP pour la partie Bassin Minier de Provence.
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